La presse en parle

Les Affiches de Grenoble et du Dauphiné (Janvier 2019)

Le petit bulletin (2019)

Lyon Capitale.fr (2019)

Poème de Sylvie Fabre G. 2018 "la maison sans vitres" aux éditions "La passe du vent"

Les Affiches de Grenoble et du Dauphiné (2015)

Exposition musée Mainssieux (Voiron-Isère-France) 2012/2013

L'éloge de l'oncle, laques et Mirabilia de Martine Rey

Le travail de Martine Rey s’inscrit dans une histoire, familiale, personnelle, dans laquelle l’art et la vie s’entrecroisent continuellement.
L’oncle du titre de l’exposition, c’est Gabriel Brun-Buisson (1883-1959). Aquarelliste classique contemporain de Lucien Mainssieux, il est représenté dans la collection d’arts graphiques du musée, celle qui ne peut être montrée en permanence. Il a surtout sa place parmi les figures et les objets, fragments d’histoires et de rencontres, qui constituent – habitent pourrait-on dire – le cabinet de curiosités présenté par Martine Rey dans la première salle. Il rappelle ce que fut l’origine des musées et du musée Mainssieux en particulier : la collection. Mirabilia inaugure ainsi un jeu de miroir, d’échos, entre références historiques, affinités artistiques et choix personnels, à la manière dont Lucien Mainssieux a constitué la collection qu’il a donnée à sa ville natale. Les sculptures et installations de Martine Rey – notamment les Face-à-face, Racines embaumées, Le Rescapé, Le Gardeur de dindons (suite). Histoire de Noëls… – le soulignent au fil des salles et nous entraînent, non sans humour parfois, à la découverte de nos propres correspondances.
L’exposition se place également d’emblée sous l’égide d’Eloge de l’ombre, texte de l’écrivain Junichiro Tanizaki, écrit en 1933. Alors que l’éclairage électrique venu d’Occident se généralise au Japon, l’auteur définit l’essence du beau dans son pays, caractérisé par l’importance de l’ombre, qui rend les esthétiques japonaise et occidentale essentiellement irréductibles l’une à l’autre. De belles pages sont consacrées à la laque, dont la richesse et l’éclat ne se dévoilent pleinement que dans et par l’ombre, grâce aux reflets et aux nuances qu’elle secrète.
Dans cet interstice, Martine Rey puise tout ce qui fait la force de son œuvre. Derrière l’apparence d’une simple pratique ancestrale, traditionnelle, bien souvent associée par le regard occidental à l’artisanat d’art voire au luxe, l’artiste procède à un véritable travail de révélation. Ce sont notamment toutes les Écritures endormies dont fourmillent ses œuvres, traces de civilisations disparues ou à venir, signes mystérieux qui nous touchent immédiatement. Pour cela, Martine Rey collecte des objets, souvent triviaux, et les rend précieux. Le processus est long, lent, patient, technique, souvent ingrat. Le résultat paraît presque contradictoire ; couche après couche, elle rajoute de la matière qui épouse étroitement la forme de l’objet tout en le faisant disparaître. Avec Forêt de signes, elle va même jusqu’à créer le vide. De ce creux, cette absence, ce hiatus, naît la révélation du visible dans ce qu’il a de plus invisible et réel à la fois.
Non que toute chose doive être révélée, surtout lorsqu’il s’agit de l’intime, justement au cœur de la recherche de Martine Rey, notamment de ses Stimulaques. L’artiste préserve une part de territoire cachée, à l’image des objets qui ne peuvent être compris ni même vus du public, dissimulés dans un coin du cabinet de Mirabilia. C’est l’existence de la part restée dans l‘ombre, ainsi que de ses contours et du cheminement qui y mène, qui est en définitive révélée, sans forcément être montrée.

Texte d'Emmanuelle Macaigne - Directrice du musée Mainssieux

Rencontre créateur (2011)

Les affiches de Grenoble (2009)